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ETUDES THÉOLOGIQUES ET EXÉGÉTIQUES: Guérisons et Exorcismes dans le NT

Posted on 28 Oct 2014, Pastor: Apôtre Henri KPODAHI

ETUDE DU TEXTE DE MARC 1, 29-31 :   LA GUÉRISON DE LA BELLE-MÈRE DE

PIERRE.

 

I.1.1.1- Introduction partielle.

Marc évoque l’activité extraordinaire de guérisseur de Jésus. La délimitation de Marc 1,29-31. Le texte qui la précède, au v 28, marque la fin d’un récit d’exorcisme à la synagogue de Capharnaüm. Jésus enseigne avec autorité. La nouveauté de son enseignement a un lien direct avec la manière dont il est donné. On découvre un nouvel enseignant en Galilée et dans les régions d’alentour. Sa prédication est complétée par une activité antidémoniaque[1]. Ce récit de la guérison de la belle-mère de Pierre constitue une unité. À sa suite, nous avons un sommaire sur les guérisons et les exorcismes de Jésus. Cette activité se déroule  lorsque le soleil est couché.

            Jésus sort de la synagogue pour entrer dans un autre lieu. Il prend la décision d’aller à la maison de Simon et d’André. Les disciples sont avec lui. Par ce geste, Jésus montre l’intérêt qu’il porte à ceux qui le suivent. La scène se passe le jour du sabbat. Le cadre est nouveau et il est intime (la maison s’oppose à la synagogue). Le maître se rapproche plus de ses disciples. Les termes  maison, belle-mère, service, le confirment. Dans les versets 29 à 31, Jésus est dans la maison de deux de ses disciples, il est informé d’un cas de maladie par l’entourage immédiat du patient. La belle-mère de Pierre a de la fièvre. Elle est alitée et donc dans l’incapacité d’accomplir son service domestique. Le Guérisseur agit directement en tenant sa main et en la faisant se lever. La rencontre entre Jésus et l’un des membres de la famille de Simon, débouche sur une guérison et bien plus sur un service réciproque. Les disciples découvrent au fur et à mesure les tâches auxquelles ils sont appelés. La guérison de la belle-mère de Simon a presque tous les traits caractéristiques d’un récit de guérison.

I.1.1.2.- Analyse / Explication.

L’épisode de la guérison de la belle-mère de Pierre est lié au contexte précédent (v. 21 et v.29) par les termes (έξελθόντες et εύθύς).

* v. 29 : Marc situe l’action du Maître en Galilée. Le verset 29 qui nous parle de la sortie de Jésus de la synagogue, est rattaché au verset 21 qui marque son entrée. Il invite à un changement de décor (έξελθόντες, sortant de). Les premiers mots (Кαί εύθύς) servent à relier ce récit au précédent. Jésus quitte une assemblée, un lieu d’enseignement et de culte pour une modeste demeure de pécheurs : la maison de Simon et de son frère André (ήλθον, allèrent, se rendent). Les disciples le suivent dans sa démarche. Jésus prend la décision de revenir avec ses disciples au premier cadre de vie que deux des disciples ont quitté. Suivre Jésus pourrait sous-entendre que le lien à la famille n’est pas définitivement rompu. Jésus et ses disciples deviennent le pont entre la synagogue (συναωγής, maison de Dieu) et la maison (οίκίαν, maison des hommes). On part d’un lieu de culte  pour un lieu convivial. La synagogue est première et la demeure des disciples, seconde. L’action de Jésus commence dans la maison de Dieu pour continuer dans la maison des hommes et finir dans le monde. On a une impression de mouvement.

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*vv.30-31 : Marc introduit un nouveau personnage : la belle-mère de Pierre. Simon est marié. Ce membre de la famille de l’un des disciples de Jésus est malade. Elle est au centre de l’action. Le récit veut confirmer l’action précédente et l’étendre à la guérison. L’adversaire ici n’est plus un esprit mauvais mais une fièvre. Ce mal maintient cette femme couchée voire l’oblige à rester étendue. La belle-mère de Pierre ne parle pas mais elle souffre. Elle est le centre d’intérêt de ce récit. Il y a un appel à l’aide pour la souffrante par l’entourage familial qui décide d’informer Jésus (une demande indirecte). L’entourage proche qui joue un rôle important dans ce processus de guérison, exprimerait aussi sa peine pour le service de son hôte.  Jésus va vers la belle-mère de Pierre pour réaliser une œuvre extraordinaire. Il s’approche d’elle (προσελθών, participe présent). À l’importance de la proximité, on associe, le contact et le geste (κρατήσας τής χειρός, saisissant la main) qui apporte la guérison (la fit lever). Le verbe employé pour lever (ήγειρεν, leva » le malade  signifie aussi l’action de ressusciter, de ramener à la vie. L’expression qui désigne le geste final du guérisseur (de Jésus) s’oppose au terme couché, lié à la maladie (de la belle-mère de Pierre). Jésus amène la femme à quitter sa position première (κατέκειτο, couchée) pour une nouvelle orientation (débout et servait, διηκόνει v. 31) en prenant sa main pour la faire se lever (guérison par un geste) ; Jésus accomplit un acte de guérison. Tout est naturel dans le geste, sauf le miracle.

La guérison est le départ de la maladie. Dans ce texte, la maladie est personnifiée. Elle laisse la malade « άφήκεν, laisser/quitter ». Elle est vue comme un obstacle à sa diaconie, au quotidien. Cela se justifie par le fait qu’après sa guérison, la femme se met à servir son hôte et tous ceux qui l’accompagnent. Elle assume ses responsabilités. Le verset 31 ne nous dit pas si en dehors de Jésus et de ses disciples, la belle-mère de Pierre ne s’est pas occupée des autres membres de sa famille. Ce service n’est pas exclusif. La reconnaissance se traduit par un service envers le bienfaiteur mais aussi envers tous les autres.

 

I.1.1.3- Théologie / enjeux théologiques : La question de l’autorité.

         Marc 1, 29-31 met en évidence la personne de Jésus, son service et la diaconie de la belle-mère de Pierre. Jésus a autorité sur la maladie. Toute maladie est vue comme un obstacle à l’accomplissement du service envers les autres. La guérison est une démonstration de l’autorité de Jésus sur la maladie. La rencontre avec Jésus et son contact conduisent à un changement conséquent dans la vie de la personne en situation difficile. L’exercice de l’autorité et du pouvoir est synonyme de se pencher, de se tourner et d’aller vers les souffrants pour leur apporter le secours dont ils ont besoin, qu’il est capable de leur donner.

I.1.1.4- Conclusion partielle.

         Au verset 32, le cadre est le même. Il est la suite des premières œuvres réalisées par Jésus le jour du sabbat. Le moment du récit marque la fin du sabbat. L’action de Jésus dépasse les cadres que sont la synagogue, la maison de Simon et se conclut dans le monde. Elle serait au départ « dans » pour « hors de ». Cet épisode se déroule en différentes phases : la situation, le mal, la requête de l’entourage, l’acte de guérison, les conséquences et le retour de la femme au service. Le service de Jésus est d’abord destiné aux autres. Marc voudrait mettre en valeur la puissance du « Saint de Dieu » au travers d’un geste et de son autorité sur la maladie.  L’autorité du disciple, son geste ont pour finalité de venir en aide, de soulever, de lever, de servir et d’œuvrer afin que soit ôté tout ce qui empêche ou retient les autres à l’exercice diaconal.

 

 

[1] Simon Legasse, L’évangile de Marc, Commentaire 5,  T. I,  Lectio divina, 1997, Paris : Cerf, pp. 121-122. Les Versets 35 à 38 constituent  un « apophtegme biographique » : Une terminologie de R. Bultmann, Histoire de la tradition synoptique, trad. A. Malet, 1973, Paris : Ed. Du Seuil, pp.45-58.  Cet apophtegme d’écrin à la parole de Jésus énoncée au v.38 ; Bultmann joint aux versets 35 à 38 les versets 29b-31. Les scènes ont lieu après le sabbat marqué par le coucher du soleil.